La forêt de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles

Je vous présente la forêt de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles telle que vue sur les photos aériennes d’Archives de la Ville de Montréal de 1947-1949 ! Bien sûr, même dans les années 1940, la forêt était morcelée : plusieurs terres agricoles étaient laissées en friche. D’après mes recherches et les anciens inventaires, on peut supposer que c’était une immense érablière de 504 hectares (ou 5 km carrés) ! Une immense forêt qui s’étendait du Bois-de-la-Réparation au Bois-d’Anjou ! En théorie, ce territoire était composé principalement d’érable à sucre et d’érable noir, accompagné de caryer cordiforme, de caryer ovale, de chêne rouge, de chêne à gros fruits, de chêne bicolore, d’ostryer de Virginie, de charme de Caroline, d’orme liège, etc.

Pendant près d’un an, j’ai exploré le secteur du Bois-de-la-Réparation (ce que je nomme la forêt de Pointe-aux-Trembles). J’ai d’ailleurs écrit un livre numérique à ce sujet : https://bit.ly/3F3dcgZ . Aux endroits où le sol n’avait pas été modifié (ou très peu), la vieille forêt persistait toujours ! Fascinant ! Malheureusement, aux endroits où le sol avait été nivelé, compacté et minéralisé, c’était des ensembles de végétaux complètement différents qui y poussaient. J’y ai rencontré principalement du nerprun cathartique, du peuplier deltoïde, du peuplier faux-tremble, du frêne rouge, de l’érable à Giguère, de l’orme de Sibérie, etc.

Je poursuis donc la recherche plus à l’ouest : je suis très curieux de savoir si la vieille forêt a aussi persisté dans Rivière-des-Prairies ! Accompagnés de Patrick Boisclair et de Charles L’Heureux, nous allons arpenter le territoire pendant les prochains mois ! Vous aimeriez vous joindre à nous ? Voici le projet iNaturalist qui encadre les projets d’inventaire de ce grand territoire : http://bit.ly/3iYy1U2 . La zone de recherche est un peu plus grande que la superficie de l’ancienne forêt, puisque j’y ai ajouté les secteurs qui se sont végétalisés naturellement depuis les années 1940.

Voilà ! Aujourd’hui, je vous présente un diaporama de 12 images : des photos anciennes que j’ai colorisées, des anecdotes croustillantes tirées d’anciens journaux et des photos aériennes qui comparent le passé et le présent ! Ne vous gênez pas pour commenter et partager allègrement ce travail de recherche, merci !

La forêt de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles

2) Les vaches de la ferme Ernest Roy à Rivière-des-Prairies en 1950 ! Attention, ce n’est pas l’originale, j’ai agrandi et colorisé l’image à l’aide d’intelligence artificielle ! Je vous montre ça, puisque la rangée d’arbres à gauche était possiblement un vestige de l’ancienne forêt. Aussi, je vois un grand orme d’Amérique complètement à droite, au loin.

Les vaches de la ferme Ernest Roy à Rivière-des-Prairies en 1950 !

3) Ici, c’est davantage pour vous montrer ce qu’avait l’air le boulevard Henri-Bourassa dans les années 1930, car les historiens amateurs ne s’entendent pas sur la position exacte du cliché. Il y a trois théories : c’est possiblement la rue Kelly (plus tard le boulevard Henri-Bourassa) dans Ahuntsic, ou le boulevard Perras près de Montréal-Nord, ou encore le boulevard Décarie… Encore une fois, ce n’est pas la photo originale, j’ai l’ai trafiqué ! C’est bien plus pour vous mettre dans l’ambiance !

Le boulevard Henri-Bourassa dans les années 1930

4) Petit extrait de la flore qui colonise ce très grand territoire. On y retrouve autant de l’indigène que de l’exotique. On y découvre autant de la flore de plein soleil que de sous-bois riche !

Aubépine subsoyeuse : indigène, aime le soleil près du boulevard Henri-Bourassa. Caryer cordiforme : indigène, grand arbre qui aime les sols riches, comme un très très vieux fossé près de l’avenue Marien (surement la hauteur du sol des années 1940). Olivier de Bohême : introduit, un arbre étrange qui pousse sur les sols compactés et minéralisés, près de la pépinière Mucci. Renoncule à bec recourbé : indigène, une magnifique plante qui aime le sous-bois riche du parc-nature du Bois-d’Anjou !

Petit extrait de la flore qui colonise ce très grand territoire.

5) Puisque le territoire est très grand, je l’ai subdivisé en trois zones de recherche. À l’est, en vert, la zone du Bois-de-la-Réparation qui a déjà été le sujet d’une livre numérique que voici : https://bit.ly/3F3dcgZ . Au centre, en bleu, la zone de la forêt de Rivière-des-Prairies, dont les boisés à étudier sont décrits ici dans ce projet iNaturalist : http://bit.ly/3ZU2XW3 . Enfin, à l’ouest, en jaune, la zone du Bois-d’Anjou dont la recherche s’amorcera surement au printemps. Voici le projet iNaturalist pour ce secteur : http://bit.ly/3j34FDN .

Puisque le territoire est très grand, je l’ai subdivisé en trois zones de recherche.

6) La ferme Ernest Roy de Rivière-des-Prairies en 1945 ! Il est tout à fait plausible que la longue ligne d’arbres à l’horizon soit la forêt de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles ! Attention, ce n’est pas l’originale, j’ai agrandi et colorisé l’image à l’aide d’intelligence artificielle ! D’ailleurs, remarquez que j’ai utilisé exactement les mêmes nuages que pour la photo de la rue Kelly en 1931 ! Haha !

La ferme Ernest Roy de Rivière-des-Prairies en 1945 !

7) Une drôle d’anecdote de 1951, qui heureusement s’est tout de même bien terminé. C’est digne d’une comédie : le gag classique de l’avion qui percute un poulailler ! Avec les poules qui s’envolent dans une explosion de plumes ! Haha ! « Son avion alla finalement s’arrêter sur un poulailler de la ferme [...] les occupantes s’échappèrent dans un piaillement d'enfer. ». Les journalistes de La Patrie étaient reconnus pour faire dans le sentionnalisme ! J’ai des doutes… Ça ne s’est surement pas passé exactement comme ça, mais ça fait une sacrée bonne histoire ! Remarquez que l’action se passe sur la ferme Ernest Roy !

Une drôle d’anecdote de 1951

8) Le secteur du Bois-d’Anjou en 1947 et aujourd’hui ! Outre le parc-nature du Bois-d’Anjou, il ne reste pas grand-chose de l’ancienne forêt dans ce secteur ! C’est le plus dégradé, le plus perturbé. Nous allons tout de même y faire un inventaire iNaturalist : http://bit.ly/3j34FDN . Inventaire qui est tout de même bien entamé, grâce à l’intérêt croissant des citoyens envers le parc-nature du Bois-d’Anjou. Notez que la numérotation des boisés est inspirée d’un rapport d’inventaire* réalisé par Gérald Domon en 1979.

Le parc-nature du Bois-d’Anjou : c’est un territoire qui appartient à la Ville de Montréal, qui est zoné «conservation», mais qui n’est pas aménagé. C’est justement grâce à ce refus d’y créer des aménagements que l’endroit est resté sauvage. Ça épargne l’endroit du piétinement à outrance, qui pourrait détruire cette zone marécageuse très boisée. C’est que le citoyen, en général, lorsqu’il veut s’amuser, ça lui prend de la place, faut qu’il investisse les lieux ! Seulement regarder la nature, seulement rester dans les petits sentiers sans rien toucher, c’est plate ! Faut absolument se créer un jeu en groupe, tiens le «Disc Golf» dans les arbres ! Le citoyen, il paye des taxes, il a le droit ! Ça lui appartient ! Le bois aussi ? Le bois aussi ! Alors, on bûche des espèces rares pour se faire un feu ! Pourquoi pas après tout ! C’est à lui, ce citoyen, juste à lui, à ce payeur de taxes ! Juste à lui ! « Y’ai l’douâââââ ! »

  • Domon, Gérald (1980). «Les boisés urbains du quartier Rivière-des-Prairies». Ville de Montréal, Université de Montréal.

1947 : boisés 11 à 19 de Rivière-des-Prairies, incluant le Bois-d’Anjou
2023+1979 : Vestiges des boisés 11 à 19 de Rivière-des-Prairies, incluant le Bois-d’Anjou

9) Ça fait beaucoup trop longtemps que ça sent le «yable» dans certains secteurs de Rivière-des-Prairies ! Aujourd’hui c’est Sanimax… En 1969, c’était la Longueuil Meat, les abattoirs Saint-Hilaire et le dépotoir John Jacko qui empestaient ! «L’école Notre-Dame de Fatima devra fermer aussi ses portes, les jours où la Longueuil Meat fera brûler des plumes de poules, affirme son principal. Actuellement, on ne ferme que les fenêtres pour ne pas que les élèves s’asphyxient ou vomissent.» Tabarouette !

Ça fait beaucoup trop longtemps que ça sent le «yable» dans certains secteurs de Rivière-des-Prairies !

10) Ah oui ! On en a coupé de la forêt au nom du «progrès» et de «l’économie faut que ça roule» ! Ici, une revue de presse sur l’asphalte électoral, du boulevard Leduc, qui deviendra le boulevard Henri-Bourassa, jusqu’à Anjou! Heureusement, le maire Bourque arrive en 1995 pour essayer de reboiser la catastrophe environnementale. Je sais que les grands médias vous ont toujours fait passer ça comme «normal», comme «l’avenir», comme «on n’a pas le choix, faut que ça roule !»… Et c’est encore le cas ! Mais en fait, non, c’est très grave et insensé ce type de choix économique ! À force de faire ces choix, basé sur «l’économie, faut que ça roule», on est à se tuer, l’humanité. «Bah c’n’est pas si grave, ce n’était qu’un p’tit bout de forêt ! Pis faut bien qu’il passe mon camion, je dois livrer ce métal, c’est ma job !» Oui, oui, c’est ce que l’on nous laisse croire… Effectivement, que l’on n’a pas le choix… C’est p’tête le système au complet qui n’est pas viable ? Non ?

Revue de presse. À gauche : La Presse, 21 mai 1994. À droite, en haut : La Presse, 21 novembre 1960 ; au centre, Le Devoir, 21-22 mai 1994 ; en bas, Le Devoir, 6 mars 1995.

Revue de presse sur l’asphalte électoral

11) Je félicite ici l’Institut Pinel d’avoir conservé une très grande partie du boisé sur lequel l’hôpital s’est installé. On aurait pu tout raser, c’était très à la mode à l’époque ! D’ailleurs, les boisés qui sont sur le terrain de l’Établissement de détention de Rivière-des-Prairies appartenaient à l’origine à l’Institut Pinel. Aussi, certains des boisés appartenant jadis à l’Institut Pinel, appartiennent aujourd’hui à la Ville de Montréal et sont zonés «conservation». Merci ! La Presse, 16 août 1967.

Je félicite ici l’Institut Pinel

Publicado el enero 23, 2023 06:19 TARDE por renard_frak renard_frak

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